Reportage réalisé par l'AFP à propos de nos ateliers de décryptage des médias (3 avril 2010)
A l'école, des ateliers pour ne plus être passifs face à l'info
De Anne BEADE (AFP)
MARSEILLE --- "Pour commencer la séance, un petit quizz d'actu!". Vite, vite des petites mains se lèvent dans la salle et tour à tour les élèves partagent les nouvelles de la semaine, visiblement friands de l'atelier de décryptage des médias qu'ils suivent depuis la rentrée.
Esther, 10 ans, a retenu la victoire de la gauche aux élections régionales et de "M. Vauzelle dans le Var". "Non, en Paca", corrige Sandra Laffont qui a lancé en septembre avec Olivier Guillemain ces cours hebdomadaires, intitulés "Entre les lignes".
Ces jeunes journalistes, hébergés par une couveuse d'entreprises, ont mis sur pied ce projet avec deux objectifs en tête: "faire en sorte que les enfants ne soient plus passifs face à une société de l'hyper-information et former des lecteurs exigeants qui ne prennent pas tout pour argent comptant".
Julien, mine sérieuse, s'empresse d'enchaîner avec une autre info: "sur Twitter, un homme a volé les mots de passe d'Obama et de Britney Spears".Les réseaux sociaux, ces élèves d'un établissement toulonnais privé qui participent aux ateliers moyennant une participation de 100 euros pour l'année, les connaissent comme leur poche. Les sites de partage de vidéos YouTube et Dailymotion aussi.
Leurs dangers, beaucoup moins.Les deux formateurs décortiquent donc leurs rouages pour que les écoliers veillent à rester "maîtres de leur image" et à vérifier les éléments glanés sur internet. Le web, c'est leur première source d'information. Or "ils se laissent porter de
site en site sans en connaître la légitimité, il y a un gros travail d'éducation à faire", note M. Guillemain.
Mathieu et Victor, 13 ans, en classe de 4e, ont retenu la leçon et ne s'informent plus aveuglément. "Avant on croyait ce qu'on lisait". Maintenant ils ont conscience que "parfois c'est un peu faux".
Gilles-Henri Mathon, le proviseur de Notre Dame des Missions, regrette qu'il existe peu
d'ateliers de ce type, animés par des professionnels, alors que la culture des élèves "est assez pauvre sur l'actualité". "J'ai l'impression qu'ils ne mettent pas la priorité là où il faut, ils portent beaucoup d'intérêt à la vie des stars".
En dehors de la presse people, ils s'informent très peu, confirment les deux journalistes: ils écoutent la radio dans la voiture, lisent Var-Matin "chez mamie" et cueillent des bribes d'infos ici et là.
Autre décor, autre ambiance: au lycée Lacordaire à Marseille, où le bureau des élèves finance l'initiative, les jeunes ont un regard beaucoup plus critique vis-à-vis des médias. Sur le banc des accusés, le traitement dela grippe H1N1.
"L'émotion, c'est le monopole de la presse", dénonce une élève."Les journalistes sont complices", mais les autorités sanitaires aussi ont contribué à nourrir le sentiment de peur, répond Sandra Laffont qui s'interroge: "Finalement, est-ce qu'aujourd'hui
l'emballement n'est pas devenu la règle dans les médias?"
Pour preuve, les nombreux "buzz" qui ont alimenté l'actualité récemment. Du fameux "Casse-toi, pauvre con!" de Nicolas Sarkozy à l'affaire Zemmour, les médias se laissent "déposséder de leurs choix éditoriaux" par les internautes. En cliquant sur ces vidéos polémiques, "vous êtes les
relais, vous avez une responsabilité", leur lance-t-elle.
Visiblement le message ne laisse pas indifférent. "J'avais la vision de médias qui grossissent les faits pour faire vendre et manquent parfois de respect en mettant sur le même plan" des événements sans commune mesure, relate Armonie Duverdier, 16 ans. Une vision qui a un peu changé grâce à ces séances que les deux formateurs espèrent étendre à l'enseignement public
à la rentrée prochaine.